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L’Inclusif est une infolettre ayant pour mission de rapporter l’actualité touchant à la participation sociale des personnes ayant des incapacités au Québec. Elle est publiée deux à trois fois par semaine.

Son contenu est constitué principalement d’articles et de nouvelles provenant des différents médias du Québec et du Canada, mais aussi d’ailleurs.

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Mardi 2 octobre 2007 Numéro 334
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Dossier de La presse sur les familles de personnes ayant des problèmes de santé mentale
Une nouvelle approche pour traiter la schizophrénie
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Guide de l'OMS pour rendre les villes plus acceuillantes aux personnes agées


Dossier de La presse sur les familles de personnes ayant des problèmes de santé mentale
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Paru le dimanche 30 septembre 2007 sur Cyberpresse.ca/La Presse

Le dimanche 30 sept 2007
«Sans aide, j'aurais abandonné ma femme»
Charles Meunier
La Presse
Collaboration spéciale

Lord Morris est électricien de chantier. Il a 51 ans. Joanne, sa femme, aura 46 ans la semaine prochaine. Elle souffre d'un trouble bipolaire. Ce verdict médical est tombé il y a quatre ans, après six ans de vie commune pendant lesquels ils se sont mariés. Sans l'aide qu'il a reçue, il ne serait pas aujourd'hui ambassadeur de la campagne de sensibilisation de la Fédération des familles et amis de la personne atteinte de maladie mentale (FFAPAMM). Et surtout, il serait divorcé.

«Johanne a eu deux enfants d'un précédent mariage, raconte M. Morris. C'est son plus jeune fils - il vivait avec nous à l'époque - qui m'a fait remarquer que sa mère n'allait pas très bien. L'amour étant aveugle, il m'a fallu du temps pour comprendre. Elle jetait aux ordures des bibelots et des meubles encore en très bon état. Il le fallait, disait-elle, parce qu'il était mauvais pour nous de les garder à la maison. Quand elle m'a confié qu'elle entendait des voix, j'ai compris que c'était vraiment sérieux.

«C'est un médecin de l'Hôpital Douglas qui a établi le diagnostic de trouble bipolaire. Sur le moment, je me suis cru assez fort pour faire face, pour dealer avec ça. C'était une erreur. J'ai cessé d'être un mari, un amant. Pour elle, je suis devenu un père.

«Du jour au lendemain, j'ai endossé l'uniforme du surveillant qui guette les changements d'humeur, celui de l'infirmier qui s'assure que les médicaments ont été pris aux bonnes heures et au bon dosage. J'étais terriblement inquiet et anxieux. Et comme je travaillais souvent dans les raffineries où l'usage du cellulaire est interdit, il n'était pas rare que je me trouve une excuse pour retourner plus vite à la maison. Dieu merci, je n'ai pas eu à vivre des drames, comme retrouver toutes les pièces d'un appartement sens dessus dessous, avec un chat au bout de son sang agonisant dans la baignoire. Néanmoins, j'ai demandé à ce que mon contrat de l'époque prenne fin plus tôt pour pouvoir être à ses côtés, à la maison.»

Cordonnier mal chaussé

Ce qui donne à l'histoire de Lord Morris une saveur particulière, c'est qu'il est aussi formateur pour le Programme d'aide aux travailleurs de la construction, qui vient en aide aux personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale.

«Malgré toutes les possibilités que j'avais d'identifier les ressources qui auraient pu me venir en aide, j'étais comme paralysé, stigmatisé par ce que mes collègues, à qui j'avais commis l'erreur de me confier, ne se gênaient pas pour me dire. "C't'une folle. Tu vas scraper ta vie. Laisse là tomber. T'es encore jeune. Ce ne sont pas les femmes correctes qui manquent. Tu vas perdre tes meilleures années." Sans compter que mon orgueil me faisait croire qu'un formateur dans un programme d'aide aux employés, ça n'a pas besoin d'aide. Il peut très bien s'en sortir tout seul. Sans compter que je suis un homme...

«C'est d'ailleurs pour cela que j'ai accepté de raconter mon histoire. Pour amener les hommes à comprendre et à accepter qu'ils puissent avoir besoin d'aide et qu'il n'y a aucune honte à cela. Il ne faut pas avoir peur de demander de l'aide.»



Une deuxième crise salvatrice

Une année jour pour jour après la première crise de Joanne, Lord Morris a dû amener de nouveau sa femme aux urgences psychiatriques. Cette deuxième crise fut leur planche de salut.

«Cette fois, raconte-t-il, c'est moi qui voulait des pilules. Dépassé par les événements, j'étais au bout du rouleau, fatigué. Je me sentais démuni. J'avais peur, à mon tour, de faire une dépression. C'est alors qu'une infirmière, après m'avoir fait comprendre que ce n'est pas de pilules dont j'avais besoin, m'a recommandé de contacter la FFAPAMM pour connaître l'association qui desservait mon territoire. Comme je n'avais plus rien à perdre, j'ai mis mon orgueil de côté, j'ai baissé les bras et j'ai appelé à l'aide.

«Il était temps, j'avais déjà à l'esprit que la séparation était la seule issue. En moi-même, je me disais qu'en m'adressant à un groupe d'aide, je nous donnais une dernière chance. Si ça ne marche pas, on prendra chacun notre bord. Je parcourais déjà les petites annonces à la recherche de bachelor à louer.»

Après deux ans de dépérissement, le vent a tourné. «Aujourd'hui, grâce à l'aide reçue, nous faisons preuve, ma femme et moi, d'une grande complicité. En toute connaissance de cause, nous pouvons maintenant composer avec les impacts de la maladie mentale. Nous sommes redevenus mari et femme. Si vous nous voyiez ensemble faire nos achats à l'épicerie, vous croiriez être en présence d'un couple de nouveaux mariés! Si on ne m'avait pas aidé à démythifier la maladie mentale de ma femme et appris à me déculpabiliser des pensées négatives que j'entretenais à son égard, je l'aurais abandonné à son sort. Et je me rends compte que cela aurait été une erreur. Face à la maladie mentale, l'amour est un bon remède.

«Si c'était à refaire? J'entrerais tout de suite en contact avec les gens de l'association de mon quartier. J'éviterais aussi de jouer au docteur, au psy, au thérapeute. J'encouragerais ma femme à se présenter le plus tôt possible à l'urgence psychiatrique ou chez son psychiatre. Bref, je ferais les choses autrement avec d'autant plus de conviction que je saurais comment. Voilà pourquoi aujourd'hui j'encourage les hommes à demander de l'aide plutôt que le divorce.»


Paru dimanche 30 septembre 2007 sur Cyberpresse.ca/La Presse

Le dimanche 30 sept 2007
Le rôle du conjoint: primordial
Charles Meunier
La Presse
Collaboration spéciale

Les maladies mentales n'épargnent personne et elles ont un impact considérable sur les relations interpersonnelles, la productivité et la qualité de vie. Selon un récent rapport de l'Association canadienne pour la santé mentale, 20% de la population souffrira d'une maladie mentale et, évidemment, le 80% qui reste, membre de la famille, ami ou collègue, en subira les contrecoups.

Pour Monique Carrière, professeur titulaire au département de réadaptation de la Faculté de médecine de l'Université Laval, qui a dirigé le travail d'une équipe de chercheurs sur les impacts de la maladie mentale de 35 familles différentes, le rôle du conjoint de la personne atteinte est primordial.

«Lorsque survient la maladie mentale, le conjoint se sent très seul, explique-t-elle. L'autre n'étant plus comme avant, il a l'impression de le perdre. Il est inquiet. L'incertitude s'installe. Que va-t-il se passer? Il se met alors en quête de réponses à ses questions sur les causes de la détresse de conjoint. Il tente de trouver des explications qui lui conviennent. À ses yeux, le problème n'est que passager. Il est attribuable au surmenage, à une mauvaise adaptation au travail, à la naissance d'un enfant. En fait, il est attribuable à tout sauf à la maladie mentale. Au fond, le conjoint souhaite que les choses s'arrangent. Et comme dans d'autres situations douloureuses et peu rassurantes, dans un premier temps, il préférera nier. Et quand il découvre qu'il s'agit bel et bien d'une maladie mentale, il ne sait pas vraiment à qui s'adresser pour obtenir de l'aide pour lui-même. Souvent il se tournera vers sa famille ou sa belle-famille. Cela ne le met pas à l'abri des préjugés. La maladie mentale, encore aujourd'hui, est mal vue, incomprise et mal acceptée.

Offrir de l'eau à quelqu'un qui n'a pas soif

«Notre étude, poursuit Monique Carrière, a révélé un autre problème. Le conjoint est souvent tenu à l'écart par les intervenants. Ces derniers, parfois, tiennent compte de sa présence, mais ils n'ont pas toujours le temps de transmettre la bonne information. Celle dont le conjoint a besoin pour mieux maîtriser la situation. Le manque de ressources fait que le temps que l'on devrait consacrer à informer est une denrée rare.

«Mais en dépit des améliorations à ce chapitre, il y a aussi le fait que l'information n'est pas toujours transmise au bon moment, parfois c'est trop tôt, parfois c'est trop tard, souvent dans des mots trop compliqués. Un peu comme si on offrait de l'eau à quelqu'un qui n'a pas soif dans un verre qu'il est incapable de porter à ses lèvres.

«Les conjoints veulent que les différents acteurs concernés les aident à comprendre la maladie, leur enseignent à reconnaître les symptômes, les rassurent, les aident à améliore leur relation avec l'autre et à prendre une distance par rapport aux problèmes familiaux.»

C'est ici que les associations qui viennent en aident aux parents et aux amis prennent toute leur importance. La maladie mentale d'une personne dans un couple n'est pas transmissible au conjoint, mais elle a incontestablement des répercussions. Elle peut engendrer la détresse. «En offrant de l'information et du répit, les associations joue un rôle irremplaçable», conclut Monique Carrière.

Paru dimanche 30 septembre 2007 sur Cyberpresse.ca/La Presse

Le dimanche 30 sept 2007
Dépression n'égale pas déprime
Charles Meunier
La Presse
Collaboration spéciale

Il ne faut pas confondre dépression nerveuse, coup de cafard et déprime passagère. La dépression nerveuse est un état de profonde détresse. Elle dure plusieurs semaines et altère le comportement en société, au travail et à la maison.

Avec le trouble bipolaire et la dysthymie, un déséquilibre pathologique de l'humeur, la dépression nerveuse est l'un des troubles de l'humeur.

Elle perturbe le sommeil et entraîne un ralentissement des activités physiques et psychiques. Le dépressif se sent inutile et incapable.

Il n'a plus envie de rien. Il se désintéresse de ses proches et, dans le pire des cas, éprouve des envies suicidaires. Il est triste et pessimiste. Sa libido diminue et la sensation de plaisir disparaît. Son appétit est perturbé, il mange peu ou trop. Tout effort lui est insupportable. Il ressent une fatigue extrême, plus importante le matin que le soir.

La personne dépressive éprouve de la difficulté à se concentrer. Elle est indécise et sa mémoire vacille. Elle se dévalorise, se sent inutile et coupable. Parfois, la dépression est masquée par des douleurs qui vont et viennent sans qu'il soit possible de les identifier avec précision puisqu'elles ne correspondent à aucune lésion d'organe.

Environ 8% des adultes souffriront d'une dépression majeure dans leur vie. Environ 1% des adultes souffriront d'un trouble bipolaire.

Le trouble bipolaire, en brefLa psychose maniacodépressive, nom sous lequel elle a été longtemps désignée et que l'on a remplacé par «trouble bipolaire» à cause de la connotation péjorative associée au mot "maniaque", se caractérise par des variations de l'humeur qui sont hors de proportion par rapport aux événements, à la réalité.

Pour faire image, on dit de ce dérèglement qu'il ressemble aux montagnes russes. En dehors des périodes d'accalmie où elle fonctionne de façon normale, la personne atteinte passe de l'exubérance extrême à la dépression profonde.

Les périodes de dépression comme les périodes de manie peuvent durer de quelques jours à quelques mois. La maladie peut connaître des cycles longs (plusieurs mois en phase dépressive et plusieurs mois en phase de manie), des cycles courts (quatre cycles par année de dépression et de manie qui durent quelques semaines) et les phases mixtes (les symptômes de dépression et de manie se manifestent dans la même journée).


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