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L’Inclusif est une infolettre ayant pour mission de rapporter l’actualité touchant à la participation sociale des personnes ayant des incapacités au Québec. Elle est publiée deux à trois fois par semaine.

Son contenu est constitué principalement d’articles et de nouvelles provenant des différents médias du Québec et du Canada, mais aussi d’ailleurs.

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Mardi 9 mars 2010 Numéro 591
Aujourd'hui en veille
Le CRADI souligne la Semaine de la déficience intellectuelle
Des capsules vidéos sur le quotidien à L.-H. Lafontaine
Les entreprises d'économie sociale en aide domestique soulignent le 8 mars
Dossier sur le Ritalin dans le Soleil
Le chien MIRA retrouvé
Nouvelle association d'étudiants ayant des incapacités à l'Université McGill
Sensibilisation à la réalité des personnes ayant une déficience intellectuelle en Estrie
Le CRDI Le Pavillon du Parc souligne la Semaine de la déficience intellectuelle
Un centre de répit en péril dans l'Outaouais
Longue attente à l'urgence psychiatrique au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke
Longue attente pour les bambins en orthophonie dans Brôme-Missisquoi
Jean Labonté sera porteur du drapeau canadien à l'ouverture de Jeux paralympiques
Diminution des services pour les personnes ayant des incapacités en Colombie-Britannique (art. anglais)
Débat sur la stérilisation en Australie (art. anglais)


Dossier sur le Ritalin dans le Soleil
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Paru le samedi 6 mars 2010 sur Cyberpresse/Le Soleil

Source
www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/sante/201003/06/01-4258144-quand-les-medicaments-changent-une-vie.php 
 
Quand les médicaments changent une vie...

Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) Nathalie (nom fictif) a 45 ans. Sa vie a brusquement changé, il y a trois ans, lorsqu'elle a appris qu'elle souffrait d'un trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH).

«Mon fils a été diagnostiqué en première année, ça m'a amenée à me poser des questions sur moi-même. Après avoir reçu le même diagnostic, j'étais curieuse d'essayer la médication pour voir s'il y aurait des effets positifs.»

Nathalie a toujours eu de la difficulté à se concentrer, mais le problème s'aggravait avec les années. «De plus en plus, ça me tirait de l'énergie. Quand on vieillit, ça paraît encore plus. J'étais brûlée, ça me demandait beaucoup d'efforts pour bien fonctionner. Je pensais à réduire mon horaire de travail.»

Le premier essai, avec le Con¬certa, n'a vraiment pas été con¬cluant. «J'étais deux fois plus hyperactive! Ça agissait comme un stimulant, ça ne m'allait pas du tout.»

Mais le deuxième essai a été le bon. «Ç'a été magique. Je dirais que j'ai amélioré de 60 % ma capacité de concentration. Je ne retournerai vraiment pas en arrière! Si j'avais connu ça avant...»

Mais du même souffle, elle ajoute qu'elle n'aurait pas nécessairement été prête plus jeune à prendre des médicaments. «Je ne suis pas sûre qu'on m'aurait con¬vaincu... Il y a encore beaucoup de préjugés, et ça prend du temps aussi pour accepter qu'on est rendu là.»

Source
www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/sante/201003/06/01-4258143-apprendre-a-se-passer-des-pilules.php

Apprendre à se passer des pilules

Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) Maxime Pelletier, 23 ans, a fait connaissance avec le Ritalin à l'école primaire, en troisième année. «J'avais l'impression d'être figé ou gelé. Je manquais d'appétit, je n'étais pas aussi spontané. C'était désagréable», raconte-t-il.
À un point tel qu'il décide d'arrêter d'en prendre au début du secondaire. Il a réussi à terminer sa cinquième secondaire et s'en est «assez bien tiré» jusqu'à l'âge de 20 ans, raconte-t-il.

Puis, tout a changé lorsqu'il est parti vivre en appartement. «J'avais de la difficulté à m'organiser. J'étais éparpillé, j'oubliais beaucoup de choses, je n'arrivais pas à bien fonctionner.»

Maxime est alors retourné consulter un médecin, qui lui a fait essayer non pas du Ritalin, mais d'autres psychostimulants : Strattera, Con¬certa, Dexédrine... La liste est longue. «Chaque personne est différente, alors la seule façon de savoir quel médicament nous con¬vient le mieux est de les essayer», explique-t-il.

Mais la séance d'essai n'a pas été concluante. «J'ai finalement décidé de laisser tomber les médicaments et de trouver d'autres solutions.» Maxime s'est donc tourné vers l'Association québécoise des troubles d'apprentissage. En participant à des ateliers, il a appris à développer des trucs pour bien fonctionner sans pilules.

«J'ai un agenda, je me fais des listes ou j'utilise des Post-it pour ne rien oublier. J'ai appris des trucs de mémorisation, et pour ne pas oublier mes clés le matin, je les mets sur mes souliers!» Il a aussi repris le chemin de l'école pour étudier en éducation spécialisée. «Je réussis même très bien dans mes études», lance-t-il.

Pour Maxime, la médication est devenue une béquille qu'il ne veut plus avoir à utiliser. «C'est correct pour les gens qui ont vraiment de la difficulté à fonctionner. Mais pour moi, la médication n'est pas essentielle. J'aime mieux avoir appris comment m'en passer.»

Source
www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/sante/201003/06/01-4258141-prendre-du-ritalin-pour-la-vie.php

Prendre du Ritalin pour la vie

Certains adultes décident de consulter un médecin après que leurs enfants ont reçu un diagnostic de trouble déficitaire d'attention, héréditaire dans 85 % des cas.

Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) Le Ritalin n'est plus seulement réservé aux gamins qui ne tiennent pas en place. Depuis 10 ans, cinq fois plus d'adultes y ont recours pour remédier à un trouble de l'attention. Pendant ce temps, le nombre d'enfants qui en consomment a presque doublé. Faut-il s'en inquiéter?

Deuxième partie de deux

Le Ritalin et les autres types de psychostimulants sont toujours l'apanage d'une majorité d'enfants. Selon les données de la Régie de l'assurance maladie obtenues par Le Soleil, 27 520 jeunes de 17 ans et moins s'en sont fait prescrire en 2009, comparativement à 16 080 en 2000.

Mais la hausse est, proportionnellement, beaucoup plus importante chez les adultes. Parmi les 18 ans et plus, seulement 2160 avaient recours au Ritalin en 2000, contre désormais 10 470?personnes.

Des chiffres qui n'étonnent pas Lyne Guillemette, directrice de l'Association québécoise des troubles d'apprentissage (AQETA), section de Québec. «On reçoit de plus en plus d'adultes qui nous consultent ou participent à nos activités», dit-elle.

Dans certains cas, il s'agit bien sûr d'enfants Ritalin devenus grands. On a longtemps cru que le trouble du déficit de l'attention s'atténuait avec l'âge, mais on sait aujourd'hui que ce n'est que partiellement vrai. «Les études de suivi nous montrent qu'à peu près 50 % des enfants qui avaient un trouble de l'attention ont encore les mêmes symptômes à l'âge adulte. Il y a aussi des gens qui ont moins de symptômes, mais qui sont toujours affectés. Dans ces cas-là, la proportion grimpe à 80 %», affirme la Dre Annick Vincent, spécialiste du trouble de l'attention et auteure de plusieurs ouvrages sur le sujet.

Il est toutefois difficile de con¬naître la proportion d'enfants à qui on a prescrit du Ritalin et qui continuent d'en prendre à l'âge adulte. «On n'a pas de réponse, poursuit-elle. Certains vont interrompre leur traitement à un moment, puis ils vont le reprendre, pour des raisons qui leur appartiennent.»

De manière générale, on estime que 4 % de la population adulte est atteinte d'un trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), comparativement à 5 % chez les enfants.

Nouveaux cas

Mais dans d'autres cas, il s'agit aussi d'adultes qui découvrent qu'ils souffrent d'un TDAH à 40, 50 ou 60 ans. Certains symptômes peuvent diminuer avec l'âge, mais leur impact peut par contre devenir plus important, explique la Dre Vincent. «Si tu es impulsif, que tu quittes ta job ou que tu fais des dépenses sur un coup de tête, c'est sûr que ça passe beaucoup moins bien à 40 ans qu'à 10 ans. Plus on grandit, moins on est encadré et plus on doit gagner en autonomie. Alors, pour un adulte qui souffre d'un TDAH, plus il vieillit, plus ça peut être difficile de compenser.»

La hausse du nombre d'adultes qui ont recours au Ritalin peut s'expliquer par une plus grande accessibilité au diagnostic, selon la Dre Vincent.

Certains se décident finalement à consulter après que leurs enfants ont reçu un diagnostic de TDAH, un trouble qui est héréditaire dans 85 % des cas. «Parmi mes patients, j'ai un grand-père qui a découvert qu'il avait un déficit de l'attention quand son fils et son petit-fils ont été diagnostiqués», raconte-t-elle.
 

Ritalin un jour, Ritalin toujours?

Mais peut-il être nocif de con¬sommer des psychostimulants pendant des années, voire des décennies? Difficile à dire. Pour l'instant, aucune étude ne permet d'affirmer qu'il pourrait y avoir des effets à long terme, indique la Dre Vincent. «Ça pourrait être correct de prendre du Ritalin à vie, affirme-t-elle. On n'a pas d'indice laissant croire qu'il y aurait une dangerosité à long terme, pourvu qu'on tolère bien la médication. Je traite des gens depuis 15 ans, je n'ai jamais eu de patients qui ont développé des problèmes à long terme. S'ils ont à développer des effets secondaires, ils les développent habituellement dans la première année, voire dans les premières semaines de la prise de médicament.»

Mais la médication, que ce soit chez les adultes ou les enfants, ne règle pas tout, rappelle Lyne Guillemette. «Le fait de souffrir d'un TDAH peut amener d'autres con¬séquences. Même si on améliore la situation avec des médicaments, il peut aussi y avoir des con¬séquences sur l'estime de soi, des problèmes d'anxiété ou de dépression... Les complications peuvent augmenter avec l'âge.»

Or, le nombre d'adultes qui ont recours au Ritalin pourrait augmenter encore davantage au cours des prochaines années, puisque environ 90 % des adultes qui souffrent d'un TDAH n'ont recours à aucun traitement, selon différentes études.

C'est d'ailleurs ce qui préoccupe le plus Mme Guillemette. «Le manque de professionnels pour faire des évaluations m'inquiète. Ça bloque souvent de ce côté-là. Pr Prendre du Ritalin pour la vieésentement, ça peut prendre trois mois avant d'avoir un rendez-vous dans un CLSC de la région.»

Le nombre d'ordonnances a quadruplé

Il n'y a pas que le nombre de personnes ayant recours au Ritalin qui a augmenté au Québec au cours des 10 dernières années. Le nombre d'ordonnances a aussi quadruplé, passant de 106 280 à... 400 800 depuis 2000.

Un des raisons qui peut expliquer cette hausse fulgurante est la fréquence de prise de médicaments, qui a augmenté avec les années. «À l'époque, on préconisait un traitement seulement pendant les journées d'école. Maintenant, avec ce qu'on sait sur les impacts non académiques des troubles de l'apprentissage, on préconise un traitement sept jours sur sept, ce qui fait augmenter le nombre d'ordonnances», explique la Dre Annick Vincent, spécialiste du trouble de l'attention et auteure de plusieurs ouvrages sur le sujet.

Source
www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/sante/201003/06/01-4257994-ritalin-de-la-drogue-dans-la-boite-a-lunch.php 
 
Ritalin: de la drogue dans la boîte à lunch

Dans le film Charlie Bartlett, Anton Yelchin joue un étudiant de 17 ans qui rêve de popularité. Pour arriver à ses fins, il s'improvise psychiatre et donne des ordonnances de pilules obtenues de médecins à la prescription facile. Fiction? «Des jeunes qui volent des médicaments dans la pharmacie de leurs parents, ça existe», affirme Caroline Jacques, du Centre de réhabilitaition Ubald-Villeneuve.

Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) «On ne se rend pas compte que les jeunes ont de la drogue dans leur boîte à lunch. On banalise la prise de médicaments, mais ça peut devenir une substance d'essai pour un jeune de 12 ans.»

Caroline Jacques est coordonnatrice au Centre de réadaptation Ubald-Villeneuve, spécialisé en toxicomanie. Elle déplore le manque de sensibilisation entourant la consommation de médicaments. «Quand on fait de la prévention auprès des parents, on oublie souvent de leur parler d'abus de pilules. C'est comme si ce n'était pas important. Mais des jeunes qui volent des médicaments dans la pharmacie de leurs parents, ça existe», dit-elle.

Il n'existe aucune donnée ou étude sur la consommation de Ritalin à des fins récréatives. Selon l'Enquête québécoise sur le tabac, l'alcool, la drogue et le jeu chez les élèves du secondaire, publiée par l'Institut de la statistique du Québec, la consommation d'amphétamines a toutefois diminué entre 2004 et 2008, passant de 10,3 % à 7,3 %. «Ce sont les données les plus fiables que nous avons», affirme Joël Tremblay, professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivières, spécialisé en toxicomanie.

Or, selon différentes études américaines, des étudiants universitaires consomment aussi des médicaments sans ordonnance pour augmenter leurs performances cognitives, dans une proportion qui varie de 3 % à 11 %. Le méthylphénidate, mieux connu sous le nom de Ritalin, est le médicament cité dans la majorité des cas (62 %).

Les médecins doivent être attentifs aux risques de mauvais usages des psychostimulants chez leurs patients, affirme par ailleurs la Dr Annick Vincent, spécialiste du trouble du déficit de l'attention.

Effets euphorisants

D'ailleurs, des médicaments à longue action comme le Concerta et l'Adderall sont moins susceptibles de produire des effets euphorisants que les médicaments à courte durée comme le Ritalin ou la Dexédrine, explique-t-elle.

De son côté, Daniel Haerincq, intervenant en toxicomanie au centre Le Grand Chemin, insiste sur l'importance d'encadrer un jeune dans sa prise de médicament. «Je ne pense pas que des jeunes se lèvent un matin en se disant qu'ils vont faire du trafic de Ritalin. Les jeunes vont consommer ce qu'ils ont sous la main, et ça risque plus d'arriver quand il y a un manque au niveau de l'encadrement.»

Source
www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201003/06/01-4257991-ritalin-une-bombe-potentielle-pour-ados-fragiles.php`

Ritalin: une bombe potentielle pour ados fragiles

Les jeunes rencontrés par Le Soleil affirment qu'il est très facile de se procurer du Ritalin.

Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) Le trafic de Ritalin à l'école existe. Le phénomène est peut-être marginal, mais il est bien réel. Avec deux fois plus de jeunes qui consomment des psychostimulants qu'il y a 10 ans, des voix s'élèvent pour dénoncer la banalisation de ces médicaments qui deviennent une drogue pour certains. Des jeunes racontent.

«Ça crée une dépendance aussi forte que n'importe quelle autre drogue. C'est plus dur à contrôler parce que c'est plus accessible. Surtout si on te l'a prescrit.»

Nicolas* avait 13 ans lorsqu'il s'est fait prescrire de la Dexédrine pour la première fois. Ce psychostimulant, de la même famille que le Ritalin, permet de traiter le trouble du déficit de l'attention. Mais rapidement, ces petites pilules sont devenues une véritable drogue pour lui.

«J'ai commencé à prendre ça avec de l'alcool, avec un ami. On a vite compris que ça avait un effet si on en prenait beaucoup. Tu deviens speedé, tu dors pas... C'est comme des amphétamines. Ça donne un high.»

Nicolas a donc commencé à prendre ses médicaments de façon irrégulière, afin de pouvoir prendre plusieurs comprimés d'un coup. «Plutôt que d'en prendre deux par jour comme prévu, j'en prenais trois ou quatre. J'ai même déjà pris jusqu'à huit pilules en une nuit», raconte le jeune homme, originaire du Bas-Saint-Laurent.

Puis, en arrivant dans une nouvelle famille d'accueil, l'accès à ses médicaments devient encore plus facile. «Au lieu de me donner mes pilules en petite quantité, on me donnait le pot au complet. J'en avais 60 d'un coup. J'en consommais beaucoup. Je ne dormais plus.»

De 2 à 3 $ la pilule

Nicolas a aussi commencé à en vendre. À l'école, en ville... partout. «À un moment donné, je n'en prenais plus la fin de semaine, je les gardais pour les vendre à l'école. Beaucoup de monde m'en demandait. Je vendais ça 2 $ ou 3 $ la pilule. Avec l'argent, j'arrivais à me payer d'autres drogues.»

Il a longtemps pu vendre à l'école sans se faire embêter. «On m'a déjà fouillé parce qu'on me soupçonnait d'avoir de la drogue sur moi. Ils ont trouvé mon pot de médicaments et ils m'ont juste demandé de ne plus l'amener à l'école», raconte-t-il. Ce qui ne l'a pas empêché de recommencer.

«J'ai toujours bien caché mon jeu, j'étais hypocrite. Pendant trois ans, personne ne s'est rendu compte de rien.» Jusqu'au jour où sa famille d'accueil réalise qu'il manque la moitié des pilules dans son pot de Dexédrine. Le choc. Après plusieurs discussions, Nicolas accepte d'entreprendre une thérapie au centre Portage, à Saint-Malachie, où Le Soleil l'a rencontré cette semaine.

Les histoires comme celle de Nicolas sont fréquentes au centre Portage. «Sur 10 jeunes qui rentrent ici, il y en a neuf qui ont un diagnostic de trouble du déficit de l'attention», affirme son directeur, Serge Comeau.

«À l'arrivée du jeune, il faut faire le ménage, poursuit-il. Il faut démêler ce qui correspond à un besoin et ce qui ne l'est pas. C'est difficile de casser les vieux patterns. Quand les jeunes arrivent ici, ils veulent tous aller voir des médecins. Nous, il faut être très vigilant parce que souvent, ce n'est pas pour les bonnes raisons. On la connaît, la game...»

Dans certains cas, il y a beaucoup de pression de la part de la famille pour que le jeune continue à prendre des médicaments pour traiter son déficit de l'attention, ajoute M. Comeau.

Il y a aussi des ados qui n'ont jamais eu de prescription, mais qui ont vite compris qu'il n'y avait pas beaucoup de différence entre un comprimé de speed et de Ritalin. Maxime*, un jeune homme de 18 ans originaire de la Beauce, en a consommé à partir de 15 ans.

«C'était très facile d'accès dans mon coin. À un moment donné, il y a eu une pénurie de speed à cause de la police, et le marché s'est transféré vers ça. J'ai vu des revendeurs refiler des Ritalin plutôt que du speed pour développer leur clientèle et créer une habitude. Ç'a marché. Ça se vendait entre 2 $ et 5 $ la pilule, et il y a beaucoup de monde qui sont restés accrochés à ça.»
De fil en aiguille, Maxime a expérimenté d'autres substances. Avant d'arriver au centre Portage, il consommait des antidépresseurs, des médicaments antidouleur et même de la morphine. «C'était facile à trouver», lance-t-il.

Une drogue à la mode

Même si le nombre de jeunes à qui on prescrit du Ritalin a presque doublé depuis 10 ans (voir l'encadré), Serge Comeau n'est pas prêt à dire que l'accès aux médicaments est nécessairement plus facile qu'avant. Mais il y a certainement plus de jeunes qui en consomment, dit-il. «Les médicaments, c'est une mode culturelle. Les jeunes veulent tout avoir rapidement, ils vivent dans l'instantanéité. Cette drogue-là correspond aux années 2010. On est gelé rapidement, et c'est facile à avoir.»

De leur côté, Nicolas et Maxime s'en sont sortis et ils ont repris confiance en eux. Les deux jeunes hommes sont allés récemment parler de leur expérience dans des écoles secondaires. Une expérience qu'ils ont beaucoup appréciée. «Les pilules, ç'a un gros impact parce que tu peux en avoir besoin longtemps. Et si tu arrêtes, tu peux avoir des effets secondaires», lance Nicolas.
Ce dernier a d'ailleurs arrêté de prendre des médicaments pour traiter son déficit de l'attention depuis quelques semaines.

«Avant, je m'en servais comme une béquille parce que je me disais que je n'étais pas bon à l'école. Depuis que j'ai changé mes comportements, j'arrive à fonctionner sans médicaments», dit-il fièrement.

Même s'il reconnaît que ces pilules aident plusieurs jeunes à mieux fonctionner, M. Comeau se préoccupe néanmoins de la banalisation qui entoure la prise de médicaments chez les ados. «Il faut faire attention, prévient-il. C'est une bombe pour des jeunes qui sont fragiles à la dépendance.»

* Par souci de confidentialité, les noms des jeunes ont été changés.
 


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