Paru le mardi 25 mai 2010 sur La Presse
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www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201005/30/01-4285226-cpe-les-limites-de-lintegration.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4285511_article_POS4
Publié le 31 mai 2010 à 05h00 | Mis à jour le 31 mai 2010 à 11h13
CPE: les limites de l'intégration
Ariane Lacoursière
La Presse
À 9h, au CPE Youppi à Laval, les enfants du groupe de l'éducatrice France* entrent dans leur local. Parmi eux, le petit Simon arrive en courant et se lance sur le sofa bleu et jaune qui trône dans un coin de la salle colorée.
«Bonjour Simon ! lance France en s'approchant du garçonnet et en prenant son visage dans ses mains. Regarde-moi mon beau...» Simon peine à poser ses yeux sur France. Il trépigne. Il jette des regards aux quatre coins de la salle. «Simon... Regarde-moi s'il te plaît», répète France. L'enfant dirige enfin son regard vers son éducatrice. «Ah ! Bonjour, mon beau Simon ! Ça va bien ?» demande-t-elle. «Oui», répond Simon, avant d'aller rejoindre ses amis.
Simon s'assoit par terre aux côtés de William et Olivier, qui jouent aux cartes. Il tente de demander une carte. «Donne. Je veux», dit Simon. Sa demande n'est pas comprise. «Carte ! Moi !» crie-t-il.
Simon est atteint d'un trouble du langage non déterminé. Le bambin de 4 ans ne parlait pas encore en février dernier. «Il utilisait un cahier de pictogrammes et nous pointait ses besoins comme "manger", "toilette"», explique France.
Personne ne sait de quoi souffre Simon. «Pour nous, c'est difficile. On ne sait pas toujours comment intervenir, explique l'éducatrice. Mais on fait de beaux progrès.»
Simon est un enfant doux. Quand il peine à se faire comprendre, il devient toutefois colérique. Son éducatrice doit toujours l'avoir à l'oeil et a donc moins d'attention à accorder aux autres.
Pour William, joli garçonnet aux cheveux blonds, ce manque d'attention est difficile à gérer. «William est très intelligent. Mais il a besoin d'attention. Quand je ne peux pas lui en donner, il peut déraper», note France.
C'est l'heure de la collation. France s'assoit à côté de William. Ils discutent un peu, mais l'éducatrice doit vite aller aider Simon qui a déjà mangé son orange et qui éprouve des problèmes au lavabo.
William est contrarié. Il prend son orange et la jette au loin. De sa voix douce, France le raisonne. Le garçon ramasse son orange. Mais William veut encore de l'attention. Il écrase des quartiers d'orange dans ses mains et laisse couler le jus sur la table en riant.
France reste calme. Elle s'approche de William en riant elle aussi. «Regarde les gouttes sur tes bras ! Quelle goutte va gagner et tomber en premier ?» demande-t-elle, tout en donnant un mouchoir à William qui essuie son dégât.
Vient ensuite l'heure du jeu. Une jeune stagiaire vient animer une activité. Assis en cercle, les enfants miment chacun leur tour une émotion, que les autres doivent deviner. La stagiaire veut alors complexifier son jeu et faire mimer ce dont ils ont envie aux enfants. Mais France refuse. «On ne peut pas. Simon ne pourra pas suivre», justifie-t-elle.
Pour William, le jeu devient vite ennuyant. Il s'agite. France le ramène à l'ordre. Irrité, William se fâche et va se cacher dans un coin.
France reconnaît être parfois déchirée entre Simon et William. «Simon ne parlait pas en février et il est maintenant capable de communiquer un peu. C'est épatant ! Dans son cas, c'est sûr que l'intégration a porté ses fruits», dit-elle.
Mais l'éducatrice concède que les autres enfants, dont William, peuvent être ralentis. «Je n'ai pas le temps d'apprendre certaines choses aux autres, note France. Comme écrire le nom des amis de la classe. Les plus vites l'apprennent seuls. On manque un peu de ressources pour pouvoir se concentrer sur tout le monde. Mais en même temps, les enfants intégrés apportent beaucoup aux autres en termes d'acceptation.»
S'ouvrir à la différence
Le directeur du CPE Youppi, Jean-Pierre Germain, est favorable à l'intégration. Il a même adopté une politique d'intégration en 2008, pour mieux encadrer la pratique dans son établissement. «Il ne faut pas négliger ce que les enfants ayant des besoins particuliers peuvent apporter aux autres. Ils permettent entre autres d'ouvrir à la différence», dit-il.
M. Germain reconnaît que l'intégration a ses limites. «Il faut que ce soit bénéfique pour les deux parties. Et ce l'est dans la majorité des cas. Mais on peut refuser d'intégrer des cas trop lourds», dit-il.
La conseillère pédagogique Christine Châles, référence de l'Association québécoise des CPE en matière d'intégration, croit quant à elle que quand l'intégration se fait avec un bon encadrement, «les CPE notent de belles réussites pour tous les enfants».
Des éducatrices dépassées
Selon un récent sondage qu'ont mené les Syndicats des intervenantes en petite enfance (SIPE), 78% des éducatrices affirment ne pas avoir reçu de formation spécifique sur l'intégration des enfants ayant des besoins particuliers.
Dans les formations techniques au collégial, la majorité des cégeps offrent un seul cours sur l'intervention auprès des élèves en difficulté. Le conseiller à l'action professionnelle à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Luc Allaire, estime que ces cours «ne sont généralement pas suffisants pour faire face à la réalité».
*Les noms de tous les enfants et de l'éducatrice ont été changés.
Paru lundi le 31 mai sur Cyberpresse.ca/La Presse
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www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201005/31/01-4285332-obtention-de-subventions-un-processus-long-et-laborieux.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4285226_article_POS1
Publié le 31 mai 2010 à 08h00 | Mis à jour le 31 mai 2010 à 08h04
Obtention de subventions: un processus long et laborieux
Ariane Lacoursière
La Presse
Selon un récent sondage mené par les Syndicats des intervenantes en petite enfance (SIPE), 92% des CPE accueillent des enfants ayant des besoins particuliers. Mais selon 60% d'entre eux, les subventions reçues du gouvernement sont insuffisantes pour offrir des services de qualité.
Pour demander l'«Allocation pour l'intégration d'un enfant handicapé» du gouvernement, les CPE doivent tout d'abord obtenir une évaluation d'un professionnel, qui confirme les besoins particuliers d'un enfant.
«Obtenir cette évaluation, ce n'est pas toujours facile. Si les parents passent par la voie publique, l'attente est de dix-huit mois à deux ans», note la conseillère au soutien pédagogique au CPE Youppi de Laval, Ginette Garand.
«Un an dans la vie d'un enfant, c'est énorme! Et pendant ce temps, les éducatrices doivent gérer ces enfants. Elles se sentent souvent abandonnées», affirme le conseiller à l'action professionnelle à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Luc Allaire.
Une fois que l'enfant est évalué, le CPE peut obtenir la subvention. Une somme de 2200$ lui est versée pour l'ajout d'équipements spéciaux ou l'achat de matériel. Et une subvention supplémentaire de 37,30$ par jour est versée au CPE. «Cette somme doit être dirigée vers l'enfant en difficulté», précise le porte-parole du ministère de la Famille, Étienne Gauthier.
Par exemple, les CPE peuvent engager une éducatrice spécialisée quelques heures par jour, baisser les rapports éducatrices-enfants des groupes ou offrir de la formation continue. «Mais la subvention est la même, peu importe le degré de besoin des enfants», dénonce M. Allaire.
Et l'utilisation?
L'an dernier, le Ministère a dépensé 30 millions de dollars pour 4404 enfants en difficulté alors que seulement 2200 bambins ont obtenu cette subvention en 2003. Mais comment savoir si cette subvention est réellement consacrée à l'aide aux enfants et non pas utilisée pour éponger le déficit des CPE? Selon le sondage des SIPE, moins de 35% des CPE reçoivent les services d'une éducatrice spécialisée, et moins de 25% les services d'une orthophoniste.
M. Gauthier explique que les parents qui doutent que la subvention sert réellement leur enfant peuvent porter plainte au Ministère. En 2009-2010, 31 plaintes ont été faites concernant les allocations. «De ce nombre, 26 n'ont pas nécessité de mesures correctives», note M. Gauthier.
Le directeur du CPE Youppi à Laval, Jean-Pierre Germain, a quant à lui créé un comité d'intégration. «Les éducatrices, notre conseillère pédagogique, la direction... Tous y siègent pour décider ensemble de la meilleure façon d'utiliser les subventions», illustre-t-il
Paru lundi le 31 mai sur Cyberpresse.ca/La Presse
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Publié le 31 mai 2010 à 05h00 | Mis à jour le 31 mai 2010 à 05h00
Les géantes
Rima Elkouri
La Presse
Manque de temps, manque de soutien, manque de formation, manque de ressources. Les éducatrices des CPE qui se dévouent corps et âme pour des enfants handicapés ou ayant des besoins dits «particuliers» ont trop souvent le sentiment de ne pas avoir tous les outils pour le faire, révèle un sondage mené par les Syndicats des intervenantes en petite enfance.
Quiconque a déjà côtoyé des éducatrices passionnées - le féminin inclut ici le masculin - sait que ce travail est une véritable vocation. Veiller au bonheur de huit ou dix enfants en même temps est un art trop peu reconnu. S'il est vrai qu'on n'est jamais si grand que lorsqu'on est à genoux pour aider un enfant (dixit Pythagore), les CPE sont peuplés de géantes. Des géantes qui font parfois toute la différence dans la vie d'un enfant.
Mais même les géants ont parfois besoin d'aide. S'occuper de huit ou de dix enfants est déjà en soi une mission complexe et exigeante. Quand l'un de ces enfants a un trouble du comportement ou du langage, les éducatrices ont trop souvent l'impression de manquer de ressources.
À Montréal, une étude de la Direction de la santé publique a montré qu'un enfant sur trois est déjà vulnérable au moment de son entrée en maternelle. Dans son plan de lutte contre le décrochage «L'école, j'y tiens!» lancé en grande pompe l'automne dernier, le ministère de l'Éducation reconnaît que la petite enfance est un des «moments névralgiques» du cheminement scolaire. La prévention ainsi que le dépistage et l'intervention précoces sont «les premières actions pour soutenir la réussite», dit le Ministère. «Prévenir l'échec scolaire nécessite donc d'agir tôt, au cours de la petite enfance et dès l'entrée à l'école.»
Pour les grands principes, donc, tout le monde s'entend. C'est dans l'application de ces principes que ça se gâte. La plupart des éducatrices estiment que leur formation en techniques d'éducation à l'enfance ne les a pas suffisamment préparées à certaines réalités. Même si le ministère de l'Éducation prétend le contraire, près de 80% des éducatrices consultées disent ne pas avoir reçu de formation spécifique sur l'intégration des enfants à besoins particuliers. Si on considère que la prévention dès la petite enfance est une priorité, il faudrait être plus conséquent et miser sur une formation générale plus complète et davantage de formation continue.
Les études reconnaissent en choeur l'importance de l'intervention précoce. On sait fort bien que la prévention dès la garderie n'est pas une dépense, mais un investissement. Mais les ressources ne suivent pas toujours les beaux discours. La majorité des éducatrices sondées considèrent que les subventions reçues pour offrir des services de qualité aux enfants à besoins particuliers sont insuffisantes. Le ministère de la Famille offre une subvention de 37,30 $ par jour pour favoriser l'intégration d'un enfant handicapé en CPE. C'est plus qu'avant - la subvention n'était que de 25 $ en 2002-2003. Mais cela ne correspond tout de même qu'à une heure et demie de salaire pour une éducatrice spécialisée et à moins de 30 minutes pour une ergothérapeute ou une orthophoniste. Dans un contexte où le système de santé, avec ses abominables listes d'attente, tarde à offrir aux enfants les services auxquels ils ont droit, c'est trop peu. On dira que c'est mieux que rien, mais là encore, si on reconnaît la valeur de l'intervention précoce, le «mieux que rien» ne suffit pas, surtout pour les familles qui n'ont pas le luxe de se tourner vers des services privés.
L'an dernier, 30 millions ont été consacrés par le ministère de la Famille à l'intégration des enfants handicapés, soit presque trois fois plus qu'en 2001. Même si on peut saluer les efforts faits dans ce domaine depuis 10 ans, il y a lieu d'exiger davantage, en gardant en tête le fait que les ressources investies dès la petite enfance permettront dans bien des cas d'éviter un fardeau plus lourd à l'État à long terme. Ça, les géantes des CPE le savent très bien. Il faudrait maintenant les écouter.
Paru lundi le 31 mai sur Cyberpresse.ca/La Presse
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http://www.cyberpresse.ca/opinions/201005/31/01-4285511-felix-ou-lintegration-reussie-dun-enfant-handicape-au-cpe.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4285332_article_POS2
Publié le 31 mai 2010 à 14h55 | Mis à jour le 31 mai 2010 à 15h18
Félix ou l'intégration réussie d'un enfant handicapé au CPE
Philippe Massé, Montréal
Cyberpresse
Je profite de la semaine des services de garde pour présenter une belle histoire d'intégration au CPE. Mon fils Félix est lourdement handicapé à la suite des séquelles d'une jaunisse néonatale survenue en Afrique de l'Ouest. Âgé de trois ans et demi, il ne peut se tenir seul en position assise, est principalement alimenté par gavage, a très peu de contrôle moteur et souffre de surdité profonde.
Après avoir fréquenté pendant quelques mois un service de garde en milieu familial, Félix a pu bénéficier d'une place au CPE Technoflos de l'École de technologie supérieure (ÉTS) en septembre 2008. La directrice du CPE a demandé à l'organisme Je me fais une place en garderie d'accueillir un enfant handicapé. Nous avons sauté sur l'occasion, bien que le centre se trouve à plusieurs kilomètres de la maison. Avoir une place en CPE est déjà une tâche ardue; pour un enfant handicapé, cela l'est encore davantage.
L'entrée en service de garde a été pour notre famille une étape importante. Félix allait pouvoir, à sa façon, développer une certaine autonomie. Et nous, les parents, allions disposer de plus de temps. Bien qu'étant très heureux d'avoir obtenu une place au CPE, il était important pour moi que les autres enfants du groupe puissent aussi pleinement bénéficier de l'accompagnement de leur éducatrice. Le temps consacré à son alimentation, ses déplacements, ses jeux et ses soins est en effet considérable. Le personnel du CPE a su trouver un juste équilibre et Félix a trouvé sa place dans le groupe.
Peu de temps après son arrivée, des parents sont venus me voir pour me dire qu'ils étaient heureux de la présence de Félix au CPE. Pour eux, ce contact avec un enfant aux besoins particuliers est une expérience positive et formatrice. Félix réagit très positivement à la présence d'autres enfants qui ont sur lui un effet stimulant.
Les éducatrices ont développé des moyens de communication gestuels et favorisé la participation de Félix aux jeux du groupe. Des outils adaptés ont été créés et chaque enfant peut se présenter à l'aide d'un signe. Son intégration a été facilitée par le soutien de nombreuses intervenantes et thérapeutes de Je me fais une place en garderie, l'Institut Raymond Dewar et du Centre de réadaptation Marie-Enfant.
L'automne prochain, Félix quittera le CPE pour aller dans une école spécialisée. Il quittera son groupe «régulier» pour rejoindre des camarades qui, comme lui, ont des besoins particuliers. Ce passage marquera pour nous une autre étape importante. Les besoins de Félix et les soins qu'il requiert font en sorte que l'admission à l'école régulière n'a jamais été une option envisageable. Toutefois, les deux années qu'aura passées Félix au CPE auront été extrêmement positives pour notre famille. Merci à toute l'équipe du CPE Technoflos et félicitation d'avoir pu faire du défi de l'intégration une belle réussite.