Paru le samedi 19 juin 2010 sur Rue Frontenac
Source
www.ruefrontenac.com/nouvelles-generales/sante/24205-deficients-intellectuels-agence-de-la-sante
L’Agence de la santé inspectera les autres centres de réadaptation
Nouvelles générales - Santé
Écrit par Gabrielle Duchaine
Jeudi, 17 juin 2010 18:56
Mise à jour le Jeudi, 17 juin 2010 20:56
Secouée par les résultats d'un rapport dévastateur sur le sort réservé à 700 pensionnaires des résidences affiliées au Centre Lisette-Dupras (CRLD), l'Agence de la santé de Montréal ira mettre son nez dans la gestion de toutes les ressources en réadaptation en déficience intellectuelle de l'île.
Au lendemain de la publication d'un article de Rue Frontenac révélant les conclusions d'une enquête de l'Agence selon laquelle la sécurité, le bien-être et la qualité de vie des bénéficiaires de 168 résidences intermédiaires et en milieu familial du CRLD seraient menacés, les autorités ont confirmé qu'elles iraient vérifier si la situation était la même dans les quatre autres centres de réadaptation de la métropole.
Les centres Miriam, de l'Ouest de Montréal, Gabrielle-Major et L'Intégral recevront donc la visite d'inspecteurs au cours des prochains mois. «On va nommer quelqu'un qui ira vérifier les modes de gestion de chacun de ces établissements», indique la directrice générale adjointe de l'Agence, Louise Massicotte. Le mandat ne sera pas aussi exhaustif que dans le cas de Lisette-Dupras, mais on s'inspirera des nombreux questionnaires mis sur pied par les enquêteurs chargés du dossier pour évaluer la situation.
Une enquête de l'Agence de la santé de Montréal a révélé que le bien-être et la qualité de vie des bénéficiaires de 168 résidences intermédiaires et en milieu familial du Centre Lisette-Dupras seraient menacés. Photo Luc Laforce
Selon Mme Massicotte, le travail de ces derniers commence déjà à porter fruit. Le fondé de pouvoir qui a pris la tête du CRDL il y a trois semaines s'est mis au travail. Il a notamment augmenté le nombre d'éducateurs responsables des résidences intermédiaires et allégé leur charge de travail, en plus de nommer un adjoint à la commissaire locale aux plaintes pour assurer un meilleur suivi. «Dans trois mois, il devra nous fournir un rapport complet et en attendant, il nous donne des nouvelles régulièrement, selon la directrice adjointe. «Il est très satisfait parce que le personnel fait preuve de beaucoup de bonne volonté.»
Onde de choc dans le milieu
Par ailleurs, les révélations chocs du rapport d'enquête ont causé tout un émoi auprès des familles des déficients intellectuels et des associations qui s'en occupent. «On n'en peut plus de ces scandales», rage la porte-parole du Comité régional des associations pour la déficience intellectuelle, Hélène Morin.
Rappelons que l'enquête qui nous concerne, déclenchée après la fermeture de trois maisons privées de Lachute où les résidants étaient violentés, maltraités et forcés de travailler dans une ferme contre leur gré, s’est soldée par la mise sous tutelle de Lisette-Dupras en mai dernier, le départ du directeur général par intérim, la nomination d’un fondé de pouvoir et des dizaines de recommandations à la nouvelle direction du centre.
Pourquoi attendre une tragédie ?
«Pourquoi doit-on attendre de pareilles aberrations pour qu'il y ait intervention de la part des autorités ?» se demande Hélène Morin, qui suggère plutôt de visiter systématiquement toutes les ressources des cinq centres de réadaptation de l'île de Montréal.
Trois maisons privées de Lachute où les résidants étaient violentés, maltraités et forcés de travailler dans une ferme contre leur gré ont été fermées cet hiver. Photo Pascal Ratthé
«C'est dommage que toute cette histoire ait été mise en lumière seulement après les événements de Lachute, ajoute la directrice de l'Association de Montréal pour la déficience intellectuelle, Nadia Bastien. Ça va ébranler les familles de tous ceux qui vivent dans ce type de résidence ou qui sont en attente de placement», dit-elle.
Son organisme, qui offre des services aux personnes déficientes et à leurs proches, s'inquiète du manque de ressources allouées aux résidences intermédiaires depuis la désinstitutionnalisation des années 1990. «Le but était d'offrir une meilleure intégration, mais pour y arriver, il faut un encadrement, des mesures, des ressources», dit-elle.
En attendant, la réalité frappe fort, renchérit son homologue, le Comité régional des associations pour la déficience intellectuelle, dans un communiqué publié jeudi après-midi. «Les bonnes intentions, les agréments, les commissaires à la qualité, cela n'est pas suffisant», note-t-elle.