Paru le jeudi 16 juin 2011 sur Le Nouvel observateur
Source
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/2413;loi-de-2005-quelle-accessibilite-pour-les-personnes-handicapees.html
SÉLECTIONNÉ PAR LE NOUVELOBS
Par Bardina Pierre
Rédacteur spécialisé handiModifié le 16-06-11 à 12:38Je réagis | 106 vues
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Loi de 2005 : quelle accessibilité pour les personnes handicapées?
Ah ! le beau mot ! Accessibilité ! De 1975 à 2005, cette revendication en a suscité des lois, des décrets, des rapports – presque autant que de promesses non tenues. Pourtant, notre société a considérablement évolué dans ce domaine, principalement ces quinze dernières années. Parler avec des femmes ou des hommes qui ont plus de vingt ans de handicap vécu nous fait prendre conscience du chemin parcouru.
Mais paradoxalement, et alors que le début des années 2000 était prometteur, la loi de 2005 prend des airs d’accessibilité façon libérale et privatisée.
Pour exemple, le diagnostic. Les établissements recevant du public (ERP) doivent effectuer un diagnostic sur leur accessibilité. Parmi ces ERP, les hôteliers sont en première ligne et se sont déjà fait tirer l’oreille.
On se souvient des tentatives de leurs syndicats pour obtenir dérogations et reports. Sur le marché juteux qui s’ouvre, les bureaux d’étude fourbissent leurs armes pour répondre à la demande naissante. Pour inciter les hôteliers à se conformer à la loi, certains départements où le tourisme est roi pensent déjà à subventionner les hôteliers qui font la démarche – obligatoire, normalement.
Situation quelque peu ubuesque, voilà donc les hôteliers qui recevraient une subvention - impôts du citoyen – pour faire appel à des bureaux d’étude privés et se mettre en conformité avec la loi ! Lesquels bureaux d’étude, sans bourse délier, vont faire appel à des associations de terrain et à leurs compétences. Ces mêmes associations qui ont du mal à survivre depuis les réductions drastiques des subventions et qui voient leurs budgets fondre comme neige au soleil, fragilisant leur existence même et les emplois souvent précaires qui vont avec.
C’est d’ailleurs une habitude bien franchouillarde que de profiter de "l’esprit handi" datant des seventies. Certains pensent même que c’est une tradition : pour les questions qui traitent du handicap, il est normal que ceux qui sont concernés – les personnes handicapées – donnent de leur temps, de façon bénévole. Comme si le handicap et l’accessibilité étaient une espèce de cause, une croisade et non un fait sociétal.
L’exemple des labelisateurs Tourisme et Handicap est symptomatique : défrayés au lance-pierre, ils sont pourtant parfois de véritables experts pour les questions d’accessibilité et de mise au normes du bâti. Au lieu d’encourager et de pérenniser leur activité, beaucoup de conseils généraux préfèrent laisser vivoter ces énergies de terrain pour leur préférer des consultants sans réelle expérience de terrain, pour des missions tarifées en milliers d’euros.
Ces mêmes consultants vont, sur conseil des donneurs d’ordre, rentrer en contact avec les associatifs de terrain pour obtenir leur collaboration… Bénévole ou presque bien sûr.
Il y a la loi, et sa mise en œuvre ; et il y a fort à parier que son interprétation et son application seront diverses suivant les départements – pardon, les territoires. Car en supprimant quasiment les contrôles d’après travaux, le législateur ouvre la boîte de Pandore : on crée la loi pour la déshabiller puisqu’on ne contrôle pas vraiment son application.
Et n’espérons pas nous tourner vers les architectes – qui se sont déjà exprimés sur la loi de 2005, se positionnant globalement contre, tout en posant de vraies questions. De toute façon, sur le terrain, on se rend compte que seule une minorité d’entre eux a une solide formation sur l’accessibilité.
Alors quelle accessibilité ? Entre ayatollahs du handicap et lobbies experts de la dérogation, la loi de 2005 aura bien du mal à se mettre en place uniformément sur le territoire français. Pourtant, on avait cru à cette mobilisation autour du thème avec la présidence Chirac, l’année européenne du handicap et le changement de mentalités qui s’en est suivi.
Mais la crise et la gouvernance actuelles ont eu tôt fait de stopper net cet élan, considérant la politique du handicap comme un épiphénomène en cherchant à réduire les acquis.
Sans contrôle strict, sans pénalités financières, sans suivi, nous ne bénéficierons que d’une accessibilité de façade, gadget au service des communicants politiques. Et de contrôle, de suivi ou de pénalités, l’État français n’en veut surtout pas…